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Il existe un moyen très simple de transformer une paisible discussion entre amateurs de hi-fi en débat interminable : prononcer les mots « câble d’enceinte ».
En quelques minutes, quelqu’un expliquera qu’un câble hors de prix a « libéré la scène sonore », un autre proposera du fil électrique acheté au rayon bricolage et un troisième ressortira l’histoire du cintre métallique qui aurait rivalisé avec un câble audiophile lors d’une écoute à l’aveugle.
Cette fameuse expérience au cintre, largement relayée sur Internet, relève davantage de l’anecdote que du protocole scientifique. Elle illustre néanmoins parfaitement l’ambiance qui entoure le sujet : entre accusations de snake oil, témoignages d’écoutes miraculeuses et échanges parfois légèrement… électriques.
La réalité se situe, comme souvent, dans une zone beaucoup moins spectaculaire : inutile de vendre un rein pour relier un amplificateur à des enceintes, mais il ne faut pas non plus être radin au point d’utiliser un câble sous-dimensionné ou dont la composition reste mystérieuse.
Voyons donc ce qui compte réellement.
Le câble d’enceinte, aussi appelé câble HP, transporte le signal électrique délivré par l’amplificateur jusqu’aux haut-parleurs.
Il ne crée pas de détails supplémentaires, ne rajoute pas de dynamique et ne retrouve pas les notes oubliées pendant l’enregistrement. Son travail consiste surtout à transmettre le signal en introduisant le moins de pertes et de modifications possible.
Un câble réel possède plusieurs caractéristiques électriques :
La capacitance représente la valeur de la capacité électrique du condensateur qui se forme entre les conducteurs du câble et qui se répartit sur toute sa longueur.
Cette capacité « parasite », généralement exprimée en picofarads par mètre, pourra atténuer les hautes fréquences. Son influence sera d’autant plus importante que l’impédance de la liaison est élevée.
Elle sera le plus souvent négligeable sur de faibles longueurs de câbles haut-parleurs, puisqu’il s’agit d’une liaison à très basse impédance, par exemple 8 ohms. Elle aura en revanche beaucoup plus d’influence sur des liaisons présentant une impédance plus élevée, comme celles reliant une guitare ou un instrument à un amplificateur, une platine vinyle à une entrée phono, ou même un microphone à une table de mixage sur de grandes longueurs, même si l’impédance reste alors de l’ordre de quelques centaines d’ohms.
Les fabricants sérieux publient d’ailleurs ces valeurs. À titre d’exemple, Belden indique pour certains de ses câbles audio en cuivre multibrin la résistance du conducteur, la capacité entre les conducteurs et l’inductance par mètre.
Ce sont des données mesurables, bien plus utiles que les promesses de « présence holographique » ou de « silence plus noir ».
Dans une installation domestique classique, avec des longueurs raisonnables, la résistance du câble reste généralement le premier paramètre à surveiller. Elle dépend principalement de trois éléments :
Plus un câble est long et fin, plus sa résistance électrique augmente.
Cela devient particulièrement important lorsqu’il s’agit de relier des enceintes à un amplificateur, car l’impédance, c’est-à-dire la résistance complexe de la charge, est très basse, de l’ordre de quelques ohms, tandis que la puissance transportée est relativement élevée et implique un courant pouvant atteindre plusieurs ampères.
Le cuivre offre une excellente conductivité électrique tout en restant relativement facile à travailler, à tréfiler, à souder et à raccorder.
Sa conductivité est souvent exprimée en pourcentage IACS, pour International Annealed Copper Standard. Le cuivre recuit de référence correspond à 100 % IACS. Les procédés de fabrication modernes permettent même à certains cuivres commerciaux de dépasser légèrement cette valeur.
Mais la façon la plus claire d’exprimer et de refléter sa qualité de conductivité reste la valeur dite de résistivité, qui s’exprime en ohms par mètre.
La résistivité à 20 °C du cuivre pour une section de 1 mm² est de 0,01724 Ω × m.
Parmi les métaux usuels, le cuivre est le meilleur conducteur d’électricité après l’argent, avec assez peu de différence entre les deux.
Pour un conducteur de 2 mm² au lieu de 1 mm², la résistance résultante sera réduite de moitié, et encore de moitié s’il s’agit d’un câble de 4 mm². D’où l’intérêt de choisir une section suffisamment importante, particulièrement lorsque la longueur du câble augmente.
Par exemple, pour un câble HP de 10 mètres de long, une section de 4 mm², soit un câble 2 × 4 mm², sera bien plus conseillée qu’une section de seulement 1 mm².
Cela explique pourquoi le cuivre est devenu le matériau de référence pour les câbles d’enceintes : il associe de faibles pertes, une bonne disponibilité et un coût encore raisonnable.
Le cuivre n’est donc pas choisi parce qu’il serait « plus musical ». Il est choisi parce qu’il conduit très bien l’électricité.
C’est moins poétique, mais beaucoup plus facile à mesurer.
L’inscription OFC, pour Oxygen-Free Copper, désigne un cuivre à très faible teneur en oxygène.
Il ne s’agit pas d’un terme inventé par le marketing. Des nuances normalisées existent réellement :
Autrement dit, le cuivre OFC est bien un cuivre de grande pureté, mais la différence de conductivité avec un cuivre électrique de bonne qualité est extrêmement faible.
Ça, c’est bien vrai, comme aurait dit la Mère Denis !
Cela ne signifie pas qu’un câble OFC est inutile. Cette mention constitue généralement un bon indicateur sur la nature du conducteur.
En revanche, elle ne suffit pas à garantir qu’un câble sera meilleur à l’écoute. La section réelle, la résistance, la longueur et la qualité de fabrication restent bien plus importantes qu’un simple logo imprimé sur la gaine.
Un câble OFC de 1 mm² ne devient pas miraculeusement supérieur à un bon câble en cuivre de 2,5 mm² simplement parce que son emballage comporte davantage de lettres.
Le sigle CCA signifie Copper-Clad Aluminium, ou aluminium plaqué cuivre.
Contrairement à ce que sa couleur pourrait laisser penser, un conducteur CCA n’est donc pas constitué intégralement de cuivre. Il possède :
Le CCA n’est pas nécessairement un produit frauduleux. Il existe même une norme ASTM spécifique qui prévoit notamment des conducteurs comportant 10 ou 15 % de cuivre en volume.
Le problème apparaît plutôt lorsque ce matériau est vendu comme du cuivre pur ou lorsque sa section réelle et sa résistance ne sont pas clairement indiquées.

On rencontre parfois l’affirmation selon laquelle le CCA posséderait systématiquement « 50 % de la conductivité du cuivre ».
C’est trop simplificateur.
La conductivité dépend de la proportion de cuivre, de l’alliage d’aluminium et de la fabrication du conducteur. Un fabricant de fils CCA indique par exemple :
Avec une conductivité de 68 % IACS, un câble CCA présente, à section identique, une résistance environ 47 % plus élevée que celle d’un câble en cuivre.
Pour obtenir approximativement la même résistance qu’un câble en cuivre de 2,5 mm², il faudrait alors près de :
2,5 ÷ 0,68 = 3,7 mm² de CCA
Cela explique pourquoi un câble CCA de forte section peut fonctionner correctement, tandis qu’un petit câble CCA utilisé sur une grande longueur devient rapidement moins intéressant.
Le CCA possède deux avantages évidents :
En contrepartie, sa résistance électrique est plus élevée. Il faut donc employer davantage de matière pour obtenir des performances équivalentes à celles d’un câble en cuivre.
Le CCA peut convenir à certaines installations économiques et correctement dimensionnées.
Pour une installation hi-fi durable, un câble en cuivre reste toutefois un choix plus simple : il permet une section plus compacte, offre davantage de marge et évite les ambiguïtés sur la composition du conducteur.
La section d’un câble est exprimée en millimètres carrés. Elle représente la quantité de métal conducteur disponible pour transporter le courant.
La résistance d’un câble peut être estimée avec la formule :
R = ρ(L/S)
Avec :
Le facteur 2 tient compte de l’aller et du retour du courant.
Pour le cuivre, avec une résistivité proche de 0,01724 Ω·mm²/m à 20 °C, on obtient les ordres de grandeur suivants :
| Longueur jusqu’à l’enceinte | Section cuivre | Résistance aller-retour approximative |
|---|---|---|
| 3 mètres | 1,5 mm² | 0,069 Ω |
| 10 mètres | 2,5 mm² | 0,138 Ω |
| 20 mètres | 4 mm² | 0,172 Ω |
Ces valeurs permettent de proposer quelques repères simples pour une installation domestique :
Ce ne sont pas des frontières absolues. Une enceinte donnée peut présenter une charge plus exigeante qu’une autre et les conditions d’installation peuvent varier.
Mais ces sections permettent généralement d’éviter les pertes inutiles sans tomber dans la démesure.
En résumé : mieux vaut investir dans un vrai câble en cuivre de 2,5 mm² que dans un câble très fin présenté comme ayant bénéficié d’un mystérieux traitement moléculaire secret.
Les câbles HP domestiques sont généralement constitués de nombreux petits brins de cuivre.
Le principal avantage du multibrin est mécanique : il rend le câble plus souple, plus facile à poser et moins sensible aux pliages répétés.
Les câbles professionnels utilisent eux aussi couramment des conducteurs multibrins en cuivre nu.
Il faut cependant éviter une confusion fréquente : un câble multibrin ordinaire n’est pas automatiquement un câble de Litz.
Dans un véritable fil de Litz, chaque brin est isolé individuellement et disposé selon une géométrie précise afin de réduire certains phénomènes à haute fréquence.
Dans un câble HP classique, les brins sont en contact électrique les uns avec les autres. Leur multiplication sert donc principalement à améliorer la souplesse du câble.
L’effet de peau correspond à la tendance du courant alternatif à circuler davantage près de la surface d’un conducteur lorsque la fréquence augmente.
Le phénomène existe réellement. Mais aux fréquences audio, son importance est souvent très exagérée dans les argumentaires commerciaux.
Belden estime qu’à 20 kHz, soit à l’extrémité supérieure de la bande audible, l’effet reste très faible pour les dimensions de fils couramment utilisées en audio.
Le fabricant conclut qu’il est à peine mesurable dans cette plage de fréquences et qu’il ne doit pas être confondu avec les phénomènes rencontrés en radiofréquence ou dans les câbles vidéo.
L’effet de peau n’est donc pas totalement imaginaire, mais il ne justifie pas à lui seul un câble domestique au prix d’un amplificateur.
Au passage, malgré son nom, il ne nécessite ni crème hydratante ni consultation dermatologique.
Non plus.
Un bon câble d’enceinte doit offrir :
Il faut également soigner les raccordements.
Un conducteur oxydé, mal serré ou dont plusieurs brins dépassent de la borne peut poser davantage de problèmes qu’une différence microscopique entre deux qualités de cuivre.
Les fiches bananes ne sont pas indispensables. Elles sont surtout pratiques lorsque les câbles sont régulièrement branchés et débranchés.
Un câble dénudé, correctement préparé et fermement serré dans un bornier adapté fonctionne parfaitement.
Il n’existe pas de pourcentage magique du prix de l’installation à consacrer aux câbles.
La bonne approche consiste à acheter un produit :
Il n’est pas nécessaire d’acheter un câble élevé en fût de chêne, cryogénisé à la pleine lune et orienté dans le sens de circulation des électrons.
Mais relier des enceintes exigeantes à un amplificateur puissant avec quinze mètres de CCA en 0,75 mm², uniquement parce que « du fil, c’est du fil », constitue l’excès inverse.
Entre les deux se trouve une solution beaucoup moins spectaculaire, mais généralement excellente : un bon câble en cuivre de 2,5 ou 4 mm², choisi selon la longueur de l’installation.
Un câble d’enceinte sérieux ne transforme pas une chaîne hi-fi. Il lui permet simplement de fonctionner sans être inutilement pénalisée.
Les critères essentiels sont finalement assez simples :
du cuivre véritable, une section suffisante, une longueur raisonnable et des connexions propres.
Le cuivre OFC constitue un choix parfaitement valable, mais son nom ne doit pas faire oublier que la section et la résistance restent prioritaires.
Le CCA peut fonctionner lorsqu’il est honnêtement annoncé et correctement dimensionné, mais il nécessite une section supérieure pour égaler les performances électriques du cuivre.
Inutile donc de choisir entre le fil de sonnette et le câble ésotérique livré dans un coffret en acajou.
Comme souvent en hi-fi, la meilleure solution consiste à ne pas être crédule… sans être radin non plus.
Image par Daniela Mackova de Pixabay
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